À propos

Auteur-compositeur-interprète prisé par critique et public, récipiendaire du Prix de la chanson SOCAN (« Le nouveau vocabulaire », 2015), Antoine Corriveau se redéfinit d’un opus à l’autre tout en imposant sa signature de façon toujours plus marquée. Telle une trace à la fois racée et judicieusement écorchée – tantôt dépouillée, tantôt magnifiée par de fins arrangements – il affine sa griffe, ferme et posée.

Grandit dans les cendres des Dylan, Waits et autres Nick Cave, auxquels il faisait ouvertement la cour sur Les Ombres Longues (Coyote Records, 2014) le musicien distille la noirceur pour en extorquer un éventail de lueurs feutrées. De son timbre rauque et poussiéreux, il pose son verbe trouble sur une trame fauve et enveloppante. Empreints d’empathie, les textes observent les travers et les improbables de la psyché, les unit sous un dénominateur commun.

Approfondissant sa quête sur le récent Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter, l’artiste se montre sous un jour encore plus limpide. Et si le propos se fait toujours lourd de sens, explorant les petites morts qui jalonnent le chemin, il s’appuie sur une musique contrastée, laissant cette fois-ci une grande place aux cordes, au piano, et aux cuivres qui s’enlacent et s’abandonnent aux étreintes.

Par-dessus tout, dans un paysage ambiant, monocorde et fugace comme l’éclair – conjugué à l’indicatif présent, boudant son passé et se jouant bien de l’horizon de ses éventualités –, Corriveau propose une charge gonflée au possible, une oeuvre au pouls polyphonique et qui invite à prendre tout le temps nécessaire pour bien en assimiler la multitude de sens, et leurs contraires. Un exercice trop souvent relayé aux oubliettes, et qui, lorsqu’on s’y attarde, ne peut que laisser une impression sismique, sinon carrément volcanique.

Et surtout indélébile. Sans vouloir s’arrêter.